Habiter

kurt-forever propose une programmation de vidéos, documentaires et courts-métrages déclinant cette notion élémentaire : habiter.
Pour première pierre, ici, le parpaing. Patrice Goasduff retrace la fabrication de cette plus petite unité commune à tant de ces pavillons qui fleurissent de lotissements en banlieues proches, pour dire une certaine qualité du vivre-ensemble. Et, au travers du banal bloc gris, comme de la pauvreté de ces architectures types qui se vendent sur catalogue, se révèlent les ambitions d’une société…
Patrick Hébrard, lui, cherche à déjouer ces contraintes quotidiennes que les éléments architecturaux imposent aux corps. Ici, tout est renversé : c’est l’escalier qui descend un homme, l’absurde de la situation invitant à réinventer la relation à notre environnement immédiat. Habiter, comme on dit être domicilié, ou s’établir. Miss Pussycat raconte avec ses marionnettes comment les termites technophiles envahissent les marécages bercés de soul du bayou. Julie Vayssière et Laura Séguy moquent les codes obscurs des petites annonces immobilières, où le salon-séjour est toujours spacieux, la sdb avec wc séparés, le rdc calme et ensoleillé, la porte munie d’un digicode. Rien d’anodin, par les temps qui courent, à souligner les difficultés à trouver un chez-soi – au propre comme au figuré, que l’on parle d’accession au logement ou de droit d’asile. Ainsi, Rosa Mesa parodie un entretien pour une demande d’immigration en Suisse, en réponse à l’essor de l’extrême droite dans ce pays ces dernières années. Et Florence Girardeau construit une fiction autour de populations disparues, disant a contrario de l’autochtone, du citoyen, ces corps privés de lieux, apatrides. On pense à d’autres déportations.

Lire la suite

Ouvrir

Pour geste inaugural, une dissection. Et davantage : puisqu’on entame, pratiquer une autopsie.
Dans son sens originel, ce terme qui incite à voir par soi-même, à examiner et à vérifier. Derrida le rappelle : «C’est ce que veut dire à l’origine autopsia : l’expérience qui consiste à voir de ses propres yeux, et donc à pouvoir témoigner.» Autopsier : ouvrir le bal et les yeux en grand, avec cette intention de donner àvoir comme on donne à comprendre.

Lire la suite

Un rembrandt comme planche à repasser

Si chez Miró les formes semblent flotter, chez Öyvind Fahlström elles flottent vraiment. C’est là une des différences entre l’art moderne et l’art contemporain. Alors,
quand une oeuvre n’est plus forcément une sculpture, une peinture ou un dessin, elle ne saurait être déterminée par défaut, mais par choix. Il en va de même de la
distinction entre une image trouvée et une image fabriquée, entre une empreinte et un dessin.
La langue anglaise a l’avantage de posséder deux mots signifiant image : image et picture. Le deuxième désigne une image qui est déjà matérialisée dans une forme
spécifique. C’est ce qui nous intéresse ici. Pour qu’une image soit visible, il est nécessaire qu’elle s’incarne par un médium, une technique, un matériau et/ou un objet,
dans un contexte particulier. C’est avec cet objet qu’un plasticien va travailler.
Au 6b, avec Un rembrandt comme planche à repasser, je souhaite aborder ce sujet en invitant Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize, Vassilis Salpistis, Maxime
Thieffine et Nicolas Tourre. Cette question du rapport de l’image au matériau me semble être le fil rouge de nos pratiques pourtant souvent divergentes.
Henni Alftan

Jamais deux fois pareil (ou pas exactement)

 

L’exposition « Jamais deux fois pareil (ou pas exactement) » présente les projets des artistes Laetitia Benat, Jesus Alberto Benitez, Aurélie Godard & Chloé Dugit-Gros, Julien Tiberi, Virginie Yassef et des élèves des collèges Léon Jouhaux à Livry-Gargan, Auguste Delaune et République à Bobigny, Gustave Courbet à Pierrefitte et Lamartine à Paris. Dans l’espace du 6B, les œuvres donnent forme à l’expérience singulière de temps passés à échanger, inventer et construire collectivement.

Dans l’animation vidéo L’âme (petite) sœur (2012), Laetitia Benat mêle ses dessins et ceux des enfants pour construire et déconstruire l’histoire d’un garçon transformé en cerf par un maléfice. Devenu mi-humain mi-animal, il ne pourra être délivré qu’en jetant à son tour le sort à une autre personne. Il est également question de métamorphose avec le dessin Ultimate alien, un étrange personnage qui se transforme en chien. Il a été imaginé par Axel Mormin pendant les ateliers de Virginie Yassef. Ensemble, ils l’ont reproduit et adapté à l’échelle de l’espace d’exposition.

Julien Tiberi a formé un groupe de musique avec les adolescents. Chacun a écrit un récit fictionnel à propos de son héros préféré. Les textes ont été mis en musique et des dessins forment une édition. Bien que très différents : Hulk, Superman ou Usain Bolt sont tour à tour célébrés et réinventés dans un même album.

Les sculptures d’Aurélie Godard et de Chloé Dugit-Gros ont été conçues à partir d’une série de peintures sur bois réalisée par les collégiens au 6B. Les compositions, les dessins et les motifs viennent se combiner les uns aux autres de façon aléatoire. Les différentes étapes du projet se lisent dans un jeu de constructions modulaires.

L’installation Continuité, fixité et retour de Jesus Alberto Benitez invite au déplacement et à la circulation du regard. Sur une table, des images prises, révélées et développées par les adolescents, donnent à voir une énigmatique sculpture à travers plusieurs points de vue. Elles pourraient être comme les indices d’un récit, celui d’un temps de création à plusieurs.

Ainsi, malgré l’écart qui existe entre ce qui est vécu et ce qui est visible, chaque œuvre laisse percevoir la dimension unique et expérimentale de son émergence et l’infini des possibles qu’elle contient. Que ce soit la modulation d’une voix, la combinaison de motifs, la variation de la lumière ou la métamorphose d’un personnage, rien ne sera jamais deux fois pareil (ou pas exactement).

Marie Bechetoille

En savoir plus

Je vous écris du Havre….

Le son en relief : l’Ambisonics au service du Cinéma
Projection de Je vous écris du Havre… de Françoise Poulin-Jacob.
Pour la première fois, un documentaire, tourné, monté, mixé, projeté en son en relief.
Intervenants : Jean-Marc L’Hotel, Françoise Poulin-Jacob, Alain Parmentier, Klaus Blasquiz.
Avec le soutien de Tapages, Euphonia, du 6b, de l’ Association Française du Son à l’Image(AFSI), de Cine ACT.